23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 00:38

        Une fois de plus, je suis amené à faire les louanges d'un cinéma de ma région : le Café des Images qui nous a proposé ce soir une petite soirée ciné-club devant le dernier film de Wong Kar-Wai. Quand on va au cinéma, il est parfois frustrant de quitter la salle avec ses impressions en tête et de voir tout le monde s'éparpiller pour rentrer chez lui. Alors lorsqu'on nous propose de venir regarder un film pour ensuite en discuter avec d'autres passionnés, dans une ambiance parfaitement conviviale, ça fait plaisir.

 

Indice Spoiler :  C'est quoi ?

 

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         Bref, toujours est-il que ce deuxième visionnage de The Grandmaster m'a donné envie d'écrire un petit billet sur le film, que j'ai trouvé prodigieux malgré ses légers défauts. 

 

          Encore une fois, Wong Kar-Wai apporte à ses images un esthétisme parfois à couper le souffle. La première séquence, qui est également le premier combat du film, est très belle à regarder et offre des plans ingénieux qui, sans révolutionner les films d'arts martiaux, changent de ce qu'on a l'habitude de voir. La caméra se concentre sur les petits détails ; un coup de pied qui frôle un visage, un blocage in-extremis, l'appui du pied sur le sol. Tant de petites choses qui montrent globalement l'art martial sous un autre angle. L'esthétisme des combats est un peu dans la même veine que pour ceux d'Ip Man (de Wilson Yip), tout aussi chorégraphiés mais beaucoup plus flous dans leur ensemble. C'est-à-dire qu'au lieu de filmer un combat, au lieu de filmer la gestion de l'espace, Wong Kar-Wai se place du point de vue du combattant et non du spectateur. En montrant comment ils réagissent, où leurs regards se portent, de quelle façon ils rétablissent leur équilibre ou font vaciller celui de leur adversaire, la caméra s'attache à des petits "riens" qui constituent pourtant l'essentiel de l'art martial, à savoir les notions d'équilibre et de précision des mouvements.

 

            Le film présente, en gros, une petite dizaine de combats, tous aussi diversifiés les uns que les autres. Ca va du combat classique au combat sous la pluie, en passant par le combat intellectuel, le combat à côté d'un train sous la neige, ou le combat quasi amoureux. Tout en présentant ces divers types d'affrontement - qui ont d'ailleurs tous un but scénaristique passionnant - le film présente 4 différentes pratiques du kung-fu (le wing chun, les 64 mains, etc) qui permettent d'offrir un panel judicieux de techniques intéressantes. Et lorsque ces techniques sont magnifiées par la caméra du réalisateur, ça rend plutôt bien à l'image. A vrai dire, et c'est le seul bémol que j'attribuerai à The Grandmaster, il existe quand même quelques défauts à la mise en scène des combats. Le principal défaut à mon goût réside dans l'utilisation des ralentis. Si les ralentis fluides et impressionnants ont toute leur place dans ce style cinématographique, les ralentis saccadés chers au cinéaste me semblent quant à eux malvenus et cassent parfois le rythme des combats. Même si c'est un peu la marque de fabrique de Wong Kar-Wai, cet effet visuel n'est pas particulièrement justifié ici, au coeur de l'action. C'est un très bel effet, qui atteint à mon goût toute sa beauté dans My Blueberry Nights car c'est un effet purement nostalgique. La nostalgie a pourtant toute sa place dans The Grandmaster, mais pas dans les combats où elle n'a pas à intervenir (à mon avis). 

 

          Cependant, ce brave ralenti saccadé n'apparait pas tout le temps, et il est même plutôt absent sur les 2 ou 3 plus beaux combats du films. L'affrontement à côté du train est magnifique et met en valeur toute la force tranquille de l'actrice Zhang Ziyi, absolument géniale d'un bout à l'autre. De même, le combat basé sur l'intellect - le combat du biscuit - est à la fois le plus prenant et le plus simple. Mais à mon goût, le plus sublime demeure le combat "amoureux" entre Gong Er et Ip Man, alternant les ralentis fluides de toute beauté et les cascades tout aussi improbables qu'inédites. Ce qui fait la force de cette scène me paraît être la musique, qui démarre quelques minutes avant l'affrontement et s'avère être un chef d'oeuvre auditif. Je trouve que le passage musical qui précède ce combat est la meilleure scène du film, absolument sublime et épique, tout en étant "hors du temps", comme figée (tout y est d'ailleurs immobile mis à part la fumée des cigarettes). On peut écouter un extrait de cette superbe musique ici

 

           Ce moment est magistral et signe également un déclic dans le cerveau du spectateur ; on comprend en effet à ce moment que ce n'est pas Ip Man qui fait l'objet du film, mais bien Gong Er, personnage féminin d'une grande grâce et d'une belle détermination, intensément incarnée par la géniale Zhang Ziyi

 

 

        Mais ce n'est pas tout. Car ce film est également intense lorsqu'il aborde ses personnages, et pas seulement le kung-fu en lui-même. Et là encore, Wong Kar-Wai fait montre de son talent incomparable pour instaurer des effets nostalgiques d'une grande puissance. Je ne vais pas reparler de l'effet "ralenti saccadé" dont Wong Kar-Wai use (et abuse !). Les acteurs jouent beaucoup en ce sens, Tony Leung et Zhang Ziyi ayant vraiment des jeux de regards propices à ce genre d'émotions. Mais cette nostalgie, extrêmement présente vers la fin du film notamment, est également due à la réalisation et à la musique.

 

        A 3 ou 4 reprises, le film présente les personnages comme s'ils étaient pris par l'objectif d'un photographe ; il s'alignent et observent la caméra, qui recule doucement pour donner un tableau d'ensemble magique, puis le changement de couleur s'opère ; on passe de la couleur au noir et blanc et le spectateur semble se retrouver devant une photographie des années 40. Mine de rien, cet effet provoque chez le spectateur un effet de nostalgie impressionnant, qui s'explique de façon évidente. Autre élément propice à la nostalgie : le scénario qui, comme toujours avec Wong Kar-Wai, prend un plaisir immense à voir évoluer les personnages, à montrer leurs regrets vis-à-vis des choses passées, notamment sur le plan amoureux. Impossible de ne pas penser à In the Mood for Love qui en avait fait son thème principal, et de manière générale à tout ses précédents films. De ce point de vue, la dernière scène à table entre Gong Er et Ip Man est un pur bijou de nostalgie et de tristesse, touchant les personnages là où ça fait mal. 

 

            Enfin, et c'est ici que je concluerai l'article : la nostalgie passe indéniablement par la musique. Toute la BO du film est une merveille, du premier morceau (sur le générique) au dernier. L'un des plus intenses (outre celui cité plus haut), est la musique d'Ennio Morricone, celle utilisée pour la scène finale d'Il était une fois en Amérique. Le parallèle que fait cette musique entre la situation de Gong Er (l'opium) et la dernière scène de Robert De Niro est un monument de nostalgie d'une rare intensité. 

 

            Bref, malgré ses petits défauts, The Grandmaster a tout d'un "Grandmasterpiece" - même si cette dernière formulation est un peu exagérée et que c'est juste pour le jeu de mot. Car en plus de montrer l'art martial sous un angle et des prises de vue assez originaux, le réalisateur s'appuie sur cet univers pour traiter, via une belle histoire d'amour, l'un des sujets qui lui tient le plus à coeur : le souvenir des moments passés, la nostalgie et les regrets.

 

 

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 00:37

          N'ayant plus la motivation actuellement pour parler de films dans leur ensemble, je vais revenir à ce que le blog aurait dû être depuis le début, à ce qui me motive vraiment à écrire ; les scènes de films marquantes. Les prochains articles vont donc concerner toutes ces séquences qui me plaisent particulièrement et que j'aime me repasser encore et encore, celles qui me donnent cette passion intense pour le cinoche... Ca passe par la poésie d'un instant, la grâce d'une scène, la tristesse d'un moment, le rire d'une situation, la puissance auditive, la beauté visuelle, la virtuosité d'une caméra, la création d'une nostalgie. Bref, ça passe essentiellement par l'émotion et c'est cette émotion que j'ai toujours voulu retranscrire ici avant même toute tentative d'objectivité. J'ai a-priori une petite cinquantaine de scènes qui me viennent à l'esprit quand j'évoque l'idée de faire un article. Je suis devant ma télé, qui passe actuellement Old Boy, et je sais d'avance que 3 ou 4 scènes de ce film viendront alimenter le blog un jour (ce combat en plan-séquence est merveilleux).

 

          Cependant, j'ai décidé ce soir de parler du générique d'ouverture (et de fermeture) d'un film que j'ai découvert tout juste ce matin : The Rocky Horror Picture Show. Gros délire culte créé pour les fans de ciné, je n'ai pas le bagage nécessaire pour saisir toutes les références du film mais je l'ai grandement apprécié, avec 40 ans de retard. 

 

          Même si l'essentiel du film marche à merveille, notamment grâce à un Tim Curry survolté et complètement dingue, c'est le générique d'ouverture qui m'a envoûté d'office :

 

 

          Cette comédie musicale complètement tarée a un gros atout ; celui d'avoir des chansons de qualité, et notamment ce morceau intitulé Science Fiction/Double Feature, chanté par Richard O'Brien par-dessus la bouche de Patricia Quinn. Ce générique est pour moi une merveille car il met immédiatement dans l'ambiance de ce qui va suivre ; un côté décalé et totalement hypnotisant qui ne m'a pas lâché pendant tout le film. A vrai dire, j'ai ressenti une énorme nostalgie en écoutant cette chanson, même si je ne l'avais jamais entendue auparavant. Je trouve qu'elle a un pouvoir mélancolique assez puissant, et que c'est une entrée en matière grandiose pour le film. Il est clair que ça donne envie de le voir, j'ai personnellement été emporté par cette voix qui a un effet particulièrement motivant.

 

           Rares sont les films qui donnent envie dès les premières minutes (Old Boy fait partie de ceux-là également), rares sont les génériques mémorables. En 4 minutes, que ce soit visuellement comme auditivement, on se sent étrangement pris dans une ambiance très agréable, renforcée par la vision de cette unique bouche qui captive bizarrement notre regard. Bref, je trouve cet effet assez fou, qui donne en plus un aspect épique au film sans même qu'on ne comprenne vraiment pourquoi. De la pure nostalgie, comme je l'adore.

 

            Mais ce qui est plus fort encore, c'est que cette même chanson est réutilisée pour le générique final, et que la différence entre les deux versions est magnifique. Pendant le générique d'ouverture, la musique est entraînante et a un effet enthousiasmant, rythmé. Au contraire, à la fin du film, la musique est associée à une réplique tout à fait étrange et triste, qui ne semble pas correspondre à la lignée du film et qui m'a vraiment fait tout drôle. Alors que le film est constamment plongé dans un univers de grande poilade et de délire WTF assez savoureux, il se conclut brutalement avec une réflexion assez déprimante qui m'a laissé avec un sentiment particulier.

 

           En d'autres termes, la musique est utilisée avec un double objectif ; elle ouvre le film avec une nostalgie positive pour donner envie de voir la suite, et nous laisse avec une nostalgie plus négative pour qu'on ne l'oublie pas une fois fini. Je trouve ça assez fort et efficace, d'autant que la chanson est vraiment marquante et reste dans la tête.

 

           Bref, inutile de dire que je vais écouter cette chanson un bon paquet de fois. Si The Rocky Horror Picture Show va me rester en tête, c'est en grande partie grâce à ces deux génériques et je pense que, malgré ses défauts et son côté nanardesque, je risque de revoir ce film encore et encore.

 

 

 

 

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 14:26

          Jusqu'au dernier moment j'ai hésité à sortir au ciné hier soir pour voir ce film, mais l'effet que m'avait fait la bande-annonce m'a persuadé, et j'ai bien fait. Cette année, beaucoup de films géniaux sont déjà sortis (en vrac : L'Odyssée de Pi, The Master, Le monde de Charlie, Django Unchained, Zero Dark Thirty, Happiness Therapy, Passion, Flight, A la Merveille, Cloud Atlas et j'en passe), c'est d'ailleurs la première fois qu'une année cinématographique démarre aussi bien pour moi, mais The Place beyond the Pines est le premier d'entre eux qui me pousse réellement à écrire un article, malgré mon manque de temps et d'envie.

             Derek Cianfrance m'avait déjà beaucoup plu avec Blue Valentine - où Ryan Gosling jouait aussi l'un des premiers rôles - mais là, je trouve qu'il a créé un film encore plus abouti, encore plus travaillé et étonnant, que ce soit visuellement comme scénaristiquement ou musicalement.

Indice Spoiler :  Spoiler1

 

The place beyond the pines-3

 

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             Le réalisateur prend un nombre de risques incroyables qui, grâce aux différents talents mis en oeuvre, se révèlent payants. Je n'ai absolument rien à reprocher au film, il est à mon goût parfait que ce soit au niveau du scénario, de l'évolution des personnages et de cette histoire passionnante, des acteurs et de leur direction absolument incroyable, de la réalisation et de la musique. Un peu à l'image de la bande-annonce d'ailleurs que j'avais trouvé admirablement réussie :


 


 


               Le film prend déjà un premier risque : celui de l'acteur choisi pour jouer Luke Glanton. En voyant la bande-annonce, il est impossible de ne pas penser à un "Drive 2" tant le personnage joué par Ryan Gosling semble similaire et tout aussi électrique (un adjectif qui lui est souvent attribué à juste titre). La clope au bec n'est pas sans rappeler le cure-dent de Drive et le bad boy en voiture est remplacé par le bad boy à moto. Qui plus est, je n'ai pas de difficultés à dire que The Place Beyond the Pines se situe au même niveau que Drive visuellement (ce qui, venant de moi, est donc un énorme compliment) avec parfois des plans similaires. Le plan d'ouverture du film notamment, avec le bruit du couteau papillon qui met immédiatemment dans l'ambiance, offre un joli plan-séquence pour bien entamer le film, la caméra suivant Ryan Gosling de dos pour rejoindre son lieu de travail sous les acclamations. J'ai trouvé cette entrée en matière brillante et j'ai tout de suite accroché.


The place beyond the pines

            Mais pourtant, le film fait le tour de force de ne jamais s'apparenter à un Drive 2. Le fait de teindre Ryan Gosling en blond, déjà, peut paraître tout con au premier abord mais permet sans aucun doute au spectateur de ne pas s'imaginer devant le même personnage. Et puis surtout, il faut bien le dire, ces deux films sont entièrement différents dans l'évolution de la trame scénaristique. The Place Beyond the Pines s'affaire à parler de ses personnages sur la longueur et prend également un autre risque : celui d'être découpé en 3 parties claires et nettes. Chacune des parties a son personnage principal (Ryan Golsing pour commencer, puis Bradley Cooper, pour finir par Dane DeHaan et Emory Cohen qui campent leurs fils respectifs 15 ans plus tard). [Spoiler : surligner pour voir le texte] Ainsi, la première partie consacrée au personnage de Ryan Gosling s'arrête brutalement pour laisser place à l'intrigue consacrée au personnage de Bradley Cooper, si bien que les deux acteurs ne se retrouvent jamais à jouer une scène ensemble ; ce qui est plutôt très rare lorsqu'on a deux acteurs de cette envergure en tête d'affiche. Pour cette raison, le film surprend énormément. La fin de la première partie du film est extrêmement inattendue. Je viens de lire que Derek Cianfrance était fasciné par Psychose d'Hitchcock, ça n'a rien d'étonnant. C'est évidemment à Psychose qu'on pense immédiatemment en voyant la disparition brutale du personnage principal au beau milieu du film, ce qui constitue un gros risque de perdre le spectateur. Et pourtant, comme Hitchcock, Derek Cianfrance a réussi à effectuer un beau transfert de Ryan Gosling à Bradley Cooper sans cesser de nous passionner. Couvert qu'il remet une deuxième fois lorsqu'il s'agit de traiter de la descendance et des conséquences des actes des deux pères sur leus fils.[/spoiler] Bref, le film est purement brillant dans sa construction, vraiment dingue et magnifiquement orchestré. D'autant que visuellement, le film est très beau, offrant même des plans d'une grande poésie et d'une belle nostalgie grâce à la musique de Mike Patton (celle dans la fin de la bande-annonce qui avait éveillé mes papilles de cinéphile).


The place beyond the pines-4               Si le film est si réussi, c'est en grande partie grâce aux acteurs. Plus je vois Ryan Gosling et plus je me dis qu'il est hors norme. Avec son visage et son regard bourrés de tristesse et de mystère, cet acteur est absolument hypnotisant et je trouve son talent démesuré. Il y a notamment une scène dans le film où Romina (Eva Mendes) regarde une photo de Luke. Cette scène est magnifique car Romina voit cette photo 15 ans après qu'elle ait été prise. C'est un moment de nostalgie pour le personnage. Mais grâce à la musique, à la dimension dramatique et aux acteurs, le spectateur est lui aussi mis dans un grand état de nostagie alors que pour lui, la scène a eu lieu à peine une heure auparavant. Cette scène n'aurait, à mon sens, pas eu autant de charme et de puissance sans Ryan Gosling. Je trouve étrangement que cet acteur a un pouvoir nostagique hallucinant qui permet au film de s'envoler parfois assez haut.



The place beyond the pines-2            Cependant le reste du casting n'est pas moins brillant. J'avais peur d'Eva Mendes car je n'ai jamais vraiment pu l'apprécier, mais ce film met vraiment en valeur son talent d'actrice. De même pour Bradley Cooper qui joue avec une justesse incroyable, Ray Liotta mais également Rose Byrne, mémorable alors qu'on ne la voit presque pas ! Pour ceci, je trouve la direction des acteurs excellente, car aucun personnage, même le plus secondaire qui soit, n'est laissé sur le côté. C'est sans parler de Dane DeHaan et Emory Cohen qui brillent à l'écran pour bien conclure le film.




                 Bref, je ne sais pas si c'est un chef d'oeuvre mais pour moi ça s'en approche grandement. Je le conseille absolument à tout ceux qui ne savent pas quoi aller voir au ciné en ce moment.







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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 20:34

          Ayant moins de temps à consacrer au blog je vais en revenir à ses origines ; poster un article lorsque j'ai une émotion particulière, pour partager mes films et mes scènes de films préférés.

 

          Hier soir j'ai revu (enfin !) La Famille Tenenbaum de Wes Anderson et je dois dire que j'ai été encore plus charmé que la première fois, qui m'avait déjà beaucoup marqué sans que j'en garde un souvenir clair. A l'époque le cinéma commençait tout juste à devenir ma passion et je n'avais pas compris à quel point ce film était sublime, original et proche de la perfection. Wes Anderson fait certainement partie des réalisateurs qui me surprennent le plus et m'offrent le plus de plaisir, avec de la poésie, des plans en travelling somptueux, des dialogues remplis de silences ; un style vraiment unique et jouissif mais surtout des personnages décalés et riches.

 

famille tenenbaum



          Bref, ce film est probablement l'un des films les plus charmants que j'ai pu voir, mais j'ai fait cet article pour parler d'une scène en particulier, qui est à mon goût LA grande scène du film, de celles qui caractérisent leur auteur et qui transcendent un simple film. Pourtant, La Famille Tenenbaum est très riche en scènes génialissimes, ne serait-ce que la présentation des personnages / du casting très décalée et propre au style savoureux du cinéaste (scène à revoir ici), avec le genre de musique qu'on ne peut voir que dans un film de Wes Anderson.


           Ici je voulais parler un peu de la scène où Margot (Gwyneth Paltrow) descend du bus pour rejoindre Richie (Luke Wilson). La scène apparait dans le film sans trop prévenir, est assez surprenante grâce au changement soudain de ton et d'ambiance, passant d'un humour décalé et franc à quelque chose de poétique, de magique et de très lent. L'impression que le temps ralentit à travers les yeux des deux personnages est magnifique, d'autant plus puissante lorsque la musique de "These Days" se met à s'intensifier avec les paroles de la chanteuse Nico, sublime voix. J'ai cru comprendre que Wes Anderson avait tourné cette scène spécialement pour cette chanson, et ça se ressent tant l'association des deux est belle, pleine de grâce, évidente.


 


 

          A la surprise du changement d'ambiance se mêle également la surprise scénaristique, puisqu'on ne sait pas de quel personnage le narrateur parle avant de voir apparaître Margot, descendant du bus avec un air mélancolique qui colle à la peau des personnages de Gwyneth Paltrow et qu'elle interprète à merveille. Peu d'actrices sont capables à ma connaissance de percer un écran de la sorte, même aidées par la mise en scène et la réalisation parfaites d'un Wes Anderson. Je pense qu'à part Kirsten Dunst, aucune n'aurait pu saisir ce personnage aussi bien, dans les moindres regards et les moindres gestes. Une espèce de talent à émouvoir par la nostalgie et la mélancolie assez rare et puissant pour le spectateur. On peut d'ailleurs généraliser ça à pratiquement tous les personnages du film (Luke Wilson et Bill Murray notamment).



           Bref, cette scène fait partie de mes claques cinématographiques, quand bien même je n'y avais pas fait attention plus que ça la première fois (bizarre). Tant de talent de tous les côtés (jeu d'acteurs, musique, mouvements de caméra, mise en scène, couleurs et ambiances), confinés dans une scène si courte, c'est fabuleux et ça serait bien de voir ça plus souvent.




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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 23:25

          Film totalement méconnu (inconnu même ?), et on se demande bien pourquoi surtout au vu du casting alléchant : Anthony Hopkins, Jake Gyllenhaal et Gwyneth Paltrow illuminent l'écran de leur talent (VO obligatoire !). Proof est un sublime film sur l'authenticité d'une preuve mathématique et notamment sur l'appartenance d'une démonstration à une personne, surtout lorsque la preuve est si importante qu'elle risque de bousculer le monde mathématique.

          Mais c'est également (et surtout !) un joli film sur l'histoire d'un génie devenu fou et sur l'enfer dépressif d'une jeune femme. Etant moi-même plongé quotidiennement dans le monde des maths, je ne peux que trouver Proof extrêmement palpitant et très émouvant lorsqu'il s'agit de traiter de l'univers mental des mathématiciens de génie, ainsi que leur volonté, leur hargne, et leur attachement à leur discipline. Même les non-initiés n'auront aucun mal à comprendre le film et, j'en suis sûr, à s'attacher à chacun des personnages.

Indice Spoiler :  Spoiler1

 

Proof

 

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             Pour commencer, une chose est sûre : la VF est à éviter absolument. Je l'ai testée pendant 15 minutes et je n'ai pas tenu, tant la médiocrité des doublages est conséquente. Ce film pourrait constituer à lui seul une immense campagne anti-doublages, comme la plupart des films très mal distribués en France (autre exemple : Une fiancée pas comme les autres). Les doublages dénaturent de façon hallucinante le jeu des acteurs, les émotions, l'humour, pour tout rendre vulgairement plat et c'est flagrant dans ce film. Le passage de la VF à la VO a été pour moi un grand soulagement et je n'ai pas peur de dire que les personnes qui ont vu Proof en version doublée n'ont en fait pas vu le film du tout... Les acteurs sont absolument prodigieux en version originale. Anthony Hopkins, même si on le voit peu, éclaire le film de ses apparitions, grâce à son sourire enchanteur et son regard mystérieux (est-il lucide ou est-il entrain de délirer ?). Jake Gyllenhaal campe le genre de personnages qui lui vont admirablement bien : soucieux des autres, honnête, "not boring", Hal est un jeune mathématicien, mais également l'unique personne à se soucier vraiment de Catherine, le personnage principal. La complicité électrique entre les deux acteurs/personnages est palpitante et m'a complètement subjuguée pendant le film.


Proof3

            Le duo nous offre de véritables moments de douceur, mais également d'exaltation lorsqu'on a l'impression, ne serait qu'un instant, de partager totalement les émotions des personnages. Les sentiments sont multipliés par les regards des personnages qui parviennent à nous soustraire des sourires et des larmes. Etrange de voir que ce film divise les critiques. Bref, je ne connais pas beaucoup Gwyneth Paltrow mais elle confirme dans ce film tout ce que je pense d'elle depuis longtemps : il s'agit d'une actrice discrète au talent démesuré qu'on ne voit pas assez souvent à mon goût au cinéma, ou en tout cas pas dans suffisamment de films importants. Elle fait partie de ces rares actrices "à part". Elle joue ici un rôle dépressif et déprimant, celui d'une jeune femme absolument seule, désespérée par la mort de son père et qui est terrifiée à l'idée de devenir comme lui. Un seul personnage ne cesse de la soutenir et de lui faire du bien, c'est ce bon vieux Hal qu'on apprécie dès le début du film (car Jake Gyllenhaal a ce don de sympathie et d'empathie impressionnant, qu'il sait toujours retranscrire à travers chacun de ses personnages).


Proof4

          Bref, le film est divisé en deux parties. Dans la première, on nous présente la situation, le personnage principal et l'enfer mental dans lequel elle se retrouve : la solitude, la peur, le deuil. Face à cette situation, un jeune homme vient lui apporter un court rayon de soleil et cette situation dure pendant toute la première moitié. La scène de l'enterrement est excellente, tout comme l'une des premières séquences du film également, avec le "cadeau d'anniversaire" de Hal qui constitue une scène émouvante, à la fois intense et douce, dès le départ - alors qu'on apprend tout juste à connaître les personnages. On pourrait se demander quand le film va "réellement" commencer mais l'astuce est là : le film est bel et bien commencé et la partie "mathématique" du film n'est pas pressée d'arriver. Le film préfère d'abord s'attarder sur la vie de Catherine et son passé avant de rentrer vraiment dans le sujet. C'est fort et c'est malin, car il est nécessaire qu'on s'attache d'abord au personnage et à sa psychologie avant de pouvoir suivre ce que le film veut raconter. La première moitié du film m'a passionné, grâce au jeu des acteurs impeccable, toujours avec une douceur et une retenue qui font que le film ne tombe jamais dans le ridicule ni dans l'excessif. Les sentiments sont implicites, les dialogues sont charmants, la subtilité est omniprésente.


Proof1

             Vient ensuite la deuxième moitié, où Gwyneth Paltrow continue d'émouvoir et d'attendrir et où le vif du sujet revient sur le devant de la scène. Je ne vais pas raconter le film mais pour quelqu'un qui a déjà fait des mathématiques, cette partie est palpitante et merveilleusement mise en scène, sans jamais - jamais ! - faire semblant de prendre les spectateurs pour des cons avec des termes mathématiques compliqués. Par-ci par-là, on a droit à un bout de formule dans un coin, et c'est tout. Le reste n'est que psychologie des personnages et récit de l'hypothétique lucidité d'un génie. Le film ménage habilement son suspense avec des flashbacks mystérieux et l'utilme scène d'Anthony Hopkins est la plus sublime du film, déchirante et libératrice. "The future of heat is the future of cold". Clairement l'une des plus belles scènes que j'ai pu voir cette année tant elle est forte en révélations et en conclusions psychologiques de chaque personnage, le sourire d'Anthony Hopkins sous la neige venant éclairer le visage du spectateur de façon frappante avec une admirable poésie.


Proof2

           Bref, Proof est une merveille à ne pas louper, avec un sujet très original et rarement abordé (les personnes ayant apprécié "Un homme d'exception" apprécieront à coup sûr).








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